Le maloya au rythme envoûtant qui met en transe les corps et les esprits, plonge ses racines dans les interstices de l'époque de l'esclavage. son origine est entourée de mystère.
Les traces écrites ou iconographiques qui permettaient de remonter sûrement le temps sont rares. On peut considérer qu'il est l'un des avatars d'une forme ancienne du séga primitif, née de la fusion d'expressions musicales, vocales, instrumentales et dansées des esclaves africains et malgaches, reprises par les engagés indiens et plus tard par les descendants de colons, marquée du sceau de la créolisation.
L'origine du mot lui-même n'est pas attestée avec certitude.
Les danses et les chants de ces hommes et de ces femmes arrachés de la terre de leurs ancêtres d'Afrique, de Madagascar et de l'Inde pour partager la condition d'esclaves ou d'engagés, ou descendants de colons pauvres "petits blancs", ont eu sans doute, avant tout, une fonction cathartique et d'un caractère sacré. Après avoir subi la rude épreuve de la tâche à la gaulette dans les menées de canne à sucre, au c½ur du soleil et parfois sous la pluie, les corps en transe sublimaient l'angoisse et se guérissaient de la rupture. De la tombée de la nuit à l'aube du jour au rythme du rouler* et kayanm*, on dansait et on chantait, en secret, le pays des ancêtres, les origines et traditions perdues ; on rendait hommage à ses morts, on dialoguait avec ses esprits et ses dieux.
Le maloya complétait ou se confondait alors avec le kabaré avatar du kabary malgache, le sèrvis malgas ou la fèt bef, le sèrvis kaf, les rites sacrés des offrandes aux ancêtres qui libéraient les corps et les esprits.
Dans les années 1970, quelques groupes ravivèrent la flamme de ce maloya que ses héritiers traditionnels, lo rwa kaf, Grammoun Lélé, Firmin Viry, Ramouche et beaucoup d'autres, faisaient couver tel un brasier sous la cendre.
Le Parti Communiste Réunionnais fit, à cette époque, sortir de l'ombre un genre condamné à se cacher pour échapper au balayage de la culture créole entrepris par quelques départementalistes.
Ils aidèrent Firmin Viry à enregistrer deux disques.
Dans les réunions politiques, les textes traditionnels illustrant bien souvent le quotidien et porteurs d'une magie qu'il fallait garder secrète, ponctuèrent les textes militants.
"Maloya la pa nou la fé,Granmoun lontan la fé maloya!! mi di a zot larg'pa maloya sa mizik nout zancet, nout léritaz marmaye!!"